A la découverte d’un village Amérindien

/!\ les photos d’animaux dans cet article seront mis à jour plus tard avec les noms des différentes espèces, relisez le donc un peu plus tard 😉 /!\

Aujourd’hui, on se lève tôt car on a rendez vous à 8h à 30km de chez Stéphanie, mais on doit passer chercher un sandwich pour le midi et déposer Axel chez la nourrice.

On arrive donc un peu en avance à Roura, près de son église, ou nous attend mon guide.

Oui, j’ai bien dit « mon » guide, car aujourd’hui j’ai la chance d’avoir un guide pour moi tout seul afin d’aller explorer un peu la foret, voir les bestioles et les plantes remarquables, et surtout rejoindre un village d’amérindien pour y passer la nuit et aller à la rencontre d’un village -récent, mais traditionnel- de l’ethnie Palikur (une des premières peuplades de Guyane ).

Pour rappel, il ne subsiste aujourd’hui plus que six ethnies amérindiennes en Guyane française (pour un total estimé a 5% de la population guyanaise).

Il existe aussi une ethnie (divisée en six sous-groupe) composée d’ancien esclaves noirs que l’on appelle les bushinengués (hommes de la foret), ou buschi pour les intimes (qui sont principalement situés en Guyane hollandaise, ou Suriname), et qui partagent des traditions communes avec les autres ethnies amérindiennes. Ils sont aussi connus sous le nom de noirs marrons, et représentent a ce jour 26% de la population totale de guyane.

Je part donc avec Renaud Faust (Edn Nature, https://www.facebook.com/Edn.Nature/?fref=ts) pour un périple de 11,5km à travers de la forêt secondaire (foret d’arbres fins et proches les uns les autres [phénomène dit de concurrence], dû à la déforestation des zones forestières lors des périodes coloniales et que la nature s’est réappropriée).

Avant le départ, petit pause d’introduction aux montagnes environnantes, la faune et flore qui y habite et découverte d’une espèce d’insecte étrange qui laisse ses mues trainer partout sur les feuilles des arbres : des cigales (et non pas des grillons comme je l’avais noté ^^).

Ceci fait, Nous  avons donc pris la route, à pieds, afin de nous rendre au début du sentier forestier dit du « roy » car c’est un sentier qui longe la route commerciale érigée par les premiers colons de guyane afin d’acheminer les marchandises (type coton, cacao, etc) vers leurs domaines; et qui longe les anciennes demeures coloniale (on y reviendra).

Il est à noter que le « vrai » chemin du roy est aujourd’hui une route réhabilité par les indiens Favard (ancien nom du village)  et la commune de Roura (dont dépend administrativement la foret qui entoure le village).

Revenons donc à notre ballade, longue de 11,5km, qui se présente sous deux formes : un parcours « simple » qui longe les courts d’eau et se constitue principalement de « flats » (zone plates) avec beaucoup de franchissements de cours d’eau (prévoir des bottes ! :p) et une arrivée très très relevée (mais sur 300m); l’autre parcours est un peu plus sportif car il longe les crêtes de la montagne de Kaw (et est donc une alternance de murs et de descentes).

J’avais demandé à mon guide de prendre celui qui permettait de visualiser le plus d’espèces d’animaux. On était donc sensé prendre le chemin « du bas » avec les multiples flats. Mais comme je ne pouvais pas suivre dans les flaques de boues (a moins d’y enfoncer mes chaussures entièrement à chaque fois) nous avons rebroussé chemin et emprunté le chemin des crêtes sommitales.

Bien nous en à fait, puisque nous avons pu croiser 1 type de crapaud et 1 type de grenouille dès le départ du sentier.

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Un peu plus loin sur le chemin, nous sommes tombés nez à nez avec … une tortue denticulée (tortue de terre aux écailles jaunes rencontrée en forêt) qui est autorisée à la chasse en Guyane mais pas au commerce.

Et comme c’est un espèce protégée et consommée par les locaux (donc rare à observer), nous nous sommes arrêtés pour la photographier sous toutes ses coutures (mon guide étant herpétologue de profession et œuvrant pour la protection de la faune et de la flore de guyane).

Un peu plus loin, c’est un lézard qui nous a rendu visite.

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Hello petit lézard !

En continuant la ballade, nous avons aperçu à plusieurs reprises des « autoroutes » de fourmis rouges. Il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité …

Ces fourmis s’appellent les « fourmis – manioc » car elles sont capables de décimer un champ de manioc en une nuit. Elles ont pour particularité de « défolier », c’est à dire qu’ils vont découper chaque feuille petit bout par petit bout. Et ce, dans l’idée de ramener ces morceaux de feuille dans leurs énormes fourmilières afin de les entasser et quelles créent un mycélium (champignon) qui leur servira à se nourrir et à générer de la chaleur pour la fourmilière entière. A noter que les crocos, protégés par leur peau dure, ne sont pas sensible aux morsures de ces fourmis (qui peuvent être très douloureuses pour l’homme) et profite donc de cette source de chaleur « gratuite » pour y loger ses œufs.

Nous avons aussi pu assister au funeste destin d’une sauterelle, attaqué par un champignon parasitique qui zombifie ses proies afin qu’elles aillent le plus haut possible sur un arbre ou une plante afin que le champignon soit placé dans un endroit avec une hygrométrie convenable et un peu de courant d’air (utile pour la suite), se développe, largue ses spores et recommence le cycle sur tout les insectes se trouvant dans la zone de largage.

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Beeuurrkk !

Petite pause dans la narration pour vous montrer un peu à quoi ressemble le sentier, niché dans une zone de forêt secondaire.

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Vous voyez la banderole Rouge/Blanche à droite ? C’est le chemin.

Un peu plus loin dans notre ballade, nous avons trouvés un fruit que nous n’arrivions pas à reconnaitre, le voici :

On appris plus tard dans la soirée que cette chose était appelée poil-macaque.

Petites surprises sur le chemin ! 😀

 

Bref, tout ça pour dire qu’en foret, pour ne pas se perdre, il faut suivre le chemin… mais si, rappelez vous, les banderoles en plastiques rouges et blanches… 🙂

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Lost in translation

Comme le sentier n’a pas été pratiqué depuis un certains temps, de nombreux chablis (éboulement d’arbres) barrent désormais la route. Seule solution : sortir le coupe-coupe et tailler au travers, ou contourner…

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Man Vs Wild

Vient alors l’heure du repas, que nous avons passé dans le restaurant local:

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Même les écrevisses ont pu manger avec nous (un morceau de tomate, en l’occurrence).

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A table !

Une fois nos sandwich ingurgités, nous avons donc repris la route tranquillement…

Parce que j’avais un point de côté à cause des nombreuses montées très raide qui suivaient le lieu de repas, Renaud, mon guide, m’a proposé de passer devant afin d’imposer mon rythme a notre duo. Petit speech en me mettant en garde des différents dangers (serpents, crevasses, terrains glissants, etc) puis en avant Mireille !

ça n’a pas duré longtemps -3 minutes en tout et pour tout-.

C’est le temps qu’il m’a fallu pour faire ma première rencontre avec un grage carreaux (ou simplement grage, ou « Fer de Lance », ou encore Bothrops atrox).

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Petit jeu : trouve le serpent caché sur la photo

Caché sous sa feuille et aidé de sa robe couleur feuille morte, ce specimen issu d’une des espèces de serpent les plus dangereuses de guyane française (en terme d’agressivité et de venimosité), pensait pouvoir finir sa digestion tranquille (il n’en reste pas moins dangereux car ses glandes à venin sont toujours actives). Mais ça, c’était avant que ma chaussure ne passe à 10 cm de sa tête (mon guide, qui a voulu être sympa, m’avait laissé passer devant sur quelques mètres pour donner la cadence et calmer mon point de côté – ça a duré 3 minutes et on a vite repris l’ordre initial ^^).

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Grage Carreaux vu de près

J’aurais pu mourir de sa morsure en 4h, s’il s’était décidé à bouger et défendre son territoire (mais comme il venait de manger, et que je suis bien trop gros pour qu’il puisse me digérer en entier, il a préférer ne pas gâcher son énergie et le peu de venin qu’il avait du régénérer).

Le reste du parcours fut, heureusement, moins dangereux, et nous avons même pu observer les restes d’une habitation coloniale avec son cuiseur de canne à sucre et ses fondations en briquettes (sur lesquelles reposaient des carbets en bois).

Le sentier se termine en débouchant directement sur le domaine des indiens Favards, et notamment sur leur « carbet couac », qui sert à faire la préparation d’un aliment de base de leur alimentation tout comme le riz, et qui est une espèce de semoule de manioc.

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Le « carbet-couac »

Il est obtenu après râpage des racines de manioc (qui est toxique) et cuisson sur une grande « platine » (un disque de métal chauffée au feu de bois).

A proximité du carbet couac se trouvait une petite crique avec de l’eau claire. Nous n’avons donc pas pu résister à aller tremper la tête dans l’eau après les 6 heures de marche sous 34°c dans la jungle guyanaise (et les 3l d’eau bus) que nous venions d’affronter.

Une fois remis de nos émotions, nous avons pris notre goûté « local » grâce aux nombreuses plantations avoisinants le carbet couac :

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Des cosses de cacao en cours de « cuisson » :p

ramboutan (comme un litchi)

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Un ramboutan tout juste cueillis 

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Un citronier planté par les amérindiens sur un abbatis

etc.

Le carbet couac étant un peu reculé par rapport au reste du village, nous avons donc remis nos chaussures, réajustés nos sacs à dos et avons suivis notre itinéraire, qui nous a fait prendre le véritable chemin du roy, aujourd’hui réhabilité en route non-bétonnée par les habitants du village et la commune de roura.

Le village « Favard » s’étend le long de la rivière Oyac (qui borde également Roura) et un peu le long de la route du roy, comme le montre cette photo de plantation de banane dans les marais jouxtant la route :

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Le chemin (avec un champs de bananier à droite)

Une fois au village, nous sommes alors accueillis par Francky, fils du « capitaine » (le chef du village), et qui dirige l’association walyku (dont le site est ici : www.walyku.org).

Cette association (crée en 2014!) a pour but de réhabiliter le village afin qu’il puisse accueillir des touristes, mais également de gérer et de promouvoir les différentes activités réalisables sur le site (vanneries, tissages, bijouteries à partir de graines, tir à l’arc, chasse/pêche, ballade en pirogue, etc.). Cela permet 2 choses : faire subsister le village autrement que par les aides, partager les connaissances du village (et donc les faire perdurer!) et occuper les jeunes  (et éviter qu’ils ne tombent dans le piège de la drogue et de l’alcool).

Pour info, le village se trouve ici : https://goo.gl/maps/uHVZ8pHAyA92

Francky m’a alors proposé de me faire rencontrer les principaux acteurs de l’association, et m’a alors montré toutes les actions que l’association avait menées depuis leur création : dotation d’un vrai réseau électrique et d’eau courante, réalisation d’un bloc sanitaire/douche, création d’une école maternelle pour les enfants du village (les plus grands devant se lever à 4h chaque matin pour prendre la pirogue et rejoindre Roura…).

Nous avons ensuite pris l’apéro dans notre carbet (ou nous resterons toute la soirée, les membres du villages venant alors à notre rencontre, pour trinquer ou simplement discuter).

Petite découverte : le ti punch est ici aromatisé au « citron mandarine », qui est un citron de la taille d’une balle de golf et dont la chair est similaire à une mandarine (même son odeur y fait penser !!), mais dont le jus est 10x plus parfumé qu’un citron classique.

Viens l’heure du repas, après l’apéro au tipunch et aux chips de banane:

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Appétissant ou pas ?

De l’acoupa à la pimentade. L’acoupa étant un poisson local, et la pimentade, une sauce tomate aux épices locales vraiment délicieuse.

Et oui, je me suis forcé, mais j’ai TOUT mangé (sauf la peau et les os, bien sur). C’était bon, mais pas encore au point de me réconcilier avec le poisson malheureusement 🙂

On a alors monté nos tentes dans le carbet, face à la rivière.

Le lendemain, on s’est fait réveillé par les femmes du village qui nous ont apporté le petit déjeuner (et des brioches maisons toutes chaudes, mmhhm !!) avant d’emmener les enfants à la pirogue pour l’école.

Ensuite, Francky m’a expliqué l’histoire du village, et comment son arrière grand mère et ses 4 filles sont parties seules d’en dessous du brésil, pour longer les côtes et se retrouver aux abords de Roura..

Puis il nous a fait une visite guidée du village et une présentation officielle au capitaine, qui était très sympa et vraiment bienveillant à l’égard de l’association et de leurs résultats.

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Il est à noter que les amérindiens construisent tout leur bâtiments sur pilotis:  cela permet d’éviter que des serpents ne rentrent dans les habitations, et aussi, dans une moindre mesure, d’éviter les crues du fleuve.

Une fois la visite terminée, nous avons repris nos sacs et sommes montés dans la nouvelle pirogue flambant neuve que Francky venait de négocier pour l’association et le village, direction Roura:

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Une fois arrivé, vers 10h, Stéphanie m’attendait pour rentrer à la maison, et repartir dès 14h pour une destination que j’attendais tout particulièrement depuis le début de mon voyage en Guyane…

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